Lundi 27 avril 2009

Par Z.Boussen

Le devoir de respect

 

Elle a dit quelques mots de ses lèvres de sang

Qui me rendirent fou « prends moi me, disait elle,

Qu’on sache à qui je suis. Prends moi - Tu es ma belle

Quoi qu’ils en disent. A moi, contre marées et vents »

 

Ses bras autour de moi, son cœur contre le mien,

Ses seins entre mes doigts, mes lèvres sur les siennes,

Les badauds étonnés regardaient cette scène

Où l’amour résistait aux fureurs du destin.

 

« Abattons le carcan de la sainte Raison.

Pénétrons la décence et violons sa morale

Qui érige en nous ce terrible dédale, »

Criait-elle à mon cœur, enivré de passion.

 

« Dans cette rue, ici, devant tous ces regards,

Indignés, méprisants, que la conscience enchaîne,

Délivre donc pour moi ta luxure païenne

Et laisse-la rugir, rattraper son retard.

 

Déchire ce tissu et libère ma pudeur.

Qu’elle assaille la tienne et fasse l’improbable. »

Cessez donc l’impensable, »

Nous cria un fossile à l’entrejambe en pleurs.

 

Je la pris par la main. Nous fuîmes le lieu,

Incompris. Et le vent défiant les marées

Guida notre chemin jusqu’à l’étrange entrée

Du jardin où les morts ferment enfin les yeux.

 

Elle me dit : « aimons, aimons ce que l’on a.

Oublions tout le reste.

Regarde cet endroit où l’éternelle sieste

Nous appelle à la vie. Alors réponds : prends-moi.

 

Regarde la nature, en écoutant ces chants.

Respire la beauté. Souviens-toi que sur terre

Il n’est point d’interdit. Qu’on nomme cimetière,

Ces espaces fleuris,  ‘la maison du vivant’.

 

Alors laisse toi vivre et oublie tous tes maux. »

Mon bon sens dépassé, à mes instincts incombe

Le devoir de respect. « Baisons sur cette tombe ! »

Furent ces derniers mots.

Gorgonzola ©

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Samedi 14 mars 2009

Par Z.Boussen

Chronique de la pitié

-ou comment attirer sur soi

la compassion d’autrui

quand on a une vie de merde.

 

Chapitre XIII

 

J’ai souvent méprisé les femmes. Par rancœur, certaines fois, mais plus par peur ou par manque de confiance -en moi- toutes les autres fois. Ces créatures qui ont sur nous pareilles maîtrise et influence, pareils contrôle et emprise m’effraient. J’ai succombé tant de fois à leur beauté ou à leurs avances et j’en ai moi-même fait quelques unes.

Et maintenant que j’y pense, je comprends cette méprise. Je la condamne en moi-même et je ne la cautionne nullement, mais je la comprends. Par analogie, je constate que chaque fois qu’elle m’a envahit, cet instant coïncidait avec une partie de ma vie ou régnait en maîtresse, souveraine et autoritaire, la solitude qui n’épargne personne, je le sais, et qui ne m’a pas épargnée. J’en veux peut-être au genre qui n’est pas le mien, de m’avoir, par instants, laissé tomber. Et je le comprends d’autant plus que dès que la solitude est violée par une intruse, elle s’évapore et se fait oublier.

Je ne comprends pas les femmes, comme tout homme, je le pense. Et aussi naïf puisse ce cliché être, je ne rechigne pas à le dire et à le redire. Mais je ne me plains guère de cette situation, d’ailleurs, j’en tire même un certain réconfort : à quoi me sert-il de côtoyer un être que je connais de fond en comble, que je comprends sans peine aucune ? Rien. Il est bien plus utile de s’intéresser à ceux qui nous dissemblent. Explorer une terre inconnue, lever le voile sur un mystère dormant, naviguer sur des eaux troubles et capricieuses, tout cela est bien plus intéressant. Et l’homme se serait lassé de la femme depuis deux millénaires s’il n’avait à redécouvrir chaque jour et son lendemain les choses qu’il ignore ou qu’il oublie à son sujet.

La Blonde sourit en accueillant une cliente. Elle ne l’avait pas fait depuis longtemps, tout du moins, je ne l’ai pas vue le faire depuis plusieurs semaines. Elle était radieuse, même au comble de la peine et de l’abattement ; peine et abattement que j’avais du mal à comprendre. Elle témoignait d’une force surprenante en brisant des côtes qu’elle servit à la cliente. Vous avez oublié ? Elle est toujours charcutière quatre matins par semaine. Je la contemplais de derrière ma vitrine, mon regard entrecoupé par quelques passants qui s’arrêtaient pour observer les bibelots exposés. Radieuse. Il était midi. Elle rangea le local et ouvrit celui d’à côté, le salon de coiffure. En passant, elle me vit, la regardant. Elle rougit légèrement, même à vingt mètre je le vis, et secoua délicatement sa main. Je lui rendis un sourire qu’elle ne vit pas.

A cet instant, le silence qui m’entourait tempêta à tel point qu’il réveilla l’antique méprise qui m’habitait. Impulsivement, je me mis debout avec mépris et sortit de la brocante. Je traversai, toujours avec mépris la Rue et, juste en frappant à la porte, me retrouvai devant la Blonde : le mépris mène parfois loin et je me rendis vite compte de l’inconscience de mon geste. Qu’allais-je lui dire maintenant et qu’allais-je faire ? Elle, se contenta de sourire et de parcourir la pièce en remettant de l’ordre un peu partout. Elle se retournait parfois pour voir se ce que je faisais, mais elle voyait bien que je ne faisais rien. Rien que la regarder silencieux, happé par une force qui m’empêchait de réfléchir ou même de retirer cet air béat que j’affichais. Je ne saurais dire ce qui m’attirait, si toutefois ce que je ressentais était de l’attirance.

Le soleil de Mars éclairait la Rue et pénétrait dans le salon de coiffure pour écraser ses rayons sur mon dos. J’avais chaud. Il faisait beau. Je la regardais, elle, gigoter, nettoyer, dépoussiérer, ordonner la pile de journaux, ranger le sèche-cheveux et tous les autres accessoires dont elle avait usage. Je la voyais se pencher, s’accroupir, se tenir sur la pointe des pieds et au terme de ce marathon maniaque s’étendre sur un banc et reprendre son souffle, en ignorant presque ma présence. Soudainement, par l’effet de la chaleur ou de l’attraction, une impulsion me frappa violemment à la tête et au cœur : sans réfléchir, je courus presque sur elle, allongée, et me jeta comme un loup sur sa proie. Elle ne tenta même pas de me repousser et accueilli avec chaleur la visite qui lui était rendue. La Raison avait momentanément perdu le combat qu’elle menait contre mes instincts et avait battu en retraite. J’assouvis ce désir qui m’habitait depuis si longtemps, désir généreux par ailleurs : je ne voulais plus la voir triste et j’eus la prétention de croire que mon geste -mis à part de me procurer un certain réconfort- suffirait à lui rendre le bonheur. Et j’ose croire qu’il la reconquit pendant une minute, un siècle même.

La porte s’ouvrit au tintement de la petite cloche qui la dominait, et apparu  une dame, une cliente, résidente de la maison de retraite du bout de la Rue. Elle poussa un cri étouffé, se prit la bouche avec une main et se cacha les yeux -un seul, en réalité- avec l’autre en laissant tomber son sac à main. La troisième impulsion de la matinée me jeta à un mètre en arrière et se transmit à la Blonde qui se releva en un clignement d’œil. Et coïncidence, on bafouilla tous trois en même temps. La vielle dame dit qu’elle reviendrait plus tard et, ramassant son sac, elle tourna les talons à une vitesse qui ne trahissait pas ses soixante-dix ans. La Blonde me regarda : on avait tous deux compris. Un témoin, à fortiori, résident de la maison de retraite, signifiait que dans la demi-heure, sans faute, la rumeur -la nouvelle, telle qu’elle serait présentée- aura atteint les deux rives et les deux bouts de la Rue…

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Dimanche 28 décembre 2008

Par Z.Boussen

Ode au combattant


Je te vois combattant, affaiblit, l’arme à terre.

Aurais-tu oublié ? Tu n’es pas seul, crois-moi !

Nous sommes avec toi et nôtre est ta misère ;

Poètes, écrivains : ta gloire survivra.


Unissons nos efforts sous l’unique bannière

Du sang de nos aïeuls qui naguère coula.

Unissons tous nos cœurs pour quitter la misère

Qu’aucun père à son fils jamais ne lèguera.


Rions de ce danger qui ria de nos craintes.

Affrontons donc ce monstre, inhumain et sanglant.

Sourions à la mort dont l’éternelle empreinte

Rappelleras demain que nous sommes vivants.


Faisons tel ce soldat qui face à une armée,

Devant mille ennemis, n’a point pensé à fuir

Et dégainant son sabre, en voyant la mêlée,

Il a rit aux éclats, oubliant de mourir.


Prends les armes mon frère et je prendrai ma plume.

La lutte est une marche : à nous de la gravir.

Mes mots crieront partout, ton courage posthume.

Mon encre coulera pour ton sang de martyr.


Je te parle d’ardeur, de courage et d’audace,

Te parle de passion, des choses de l’amour,

Puisque dans tout combat, il y a une place

Pour l’utile émotion qu’ont perdue nos vieux jours.


Je me tais maintenant, laissons faire le silence.

Lui saura révéler, ce que te dis ton cœur.

Mais je ne doute pas de ta juste conscience

Qui te dévoilera le sentier des honneurs.


Gorgonzola

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Samedi 13 décembre 2008

Par Z.Boussen

Chronique de la pitié

-ou comment attirer sur soi

la compassion d’autrui

quand on a une vie de merde.

Chapitre XII


Le café fut bon. La discussion un peu moins.

J’ai toujours eu ce défaut qu’ont les grands artistes de ne plus savoir que faire en face d’un chef-d’œuvre, de rester muet devant la beauté, impassiblement exalté. Et pour ceux qui ont ce même problème, je me permets de prodiguer un sage conseil : taisez-vous et laissez parler la beauté.

C’est bien ce que je fis. Elle avait prit un café, moi aussi. Elle parla pendant une demi-heure, une heure peut-être. Elle parla de son enfance, de son adolescence, de ses études, de son travail, de sa famille, de ses amis. Elle prit un deuxième café, moi aussi. Elle traita de l’actualité du monde, des catastrophes, des élections, des répressions, des guerres, des paix. Elle parla avec assurance de philosophie, maladroitement, de métaphysique, avec précaution, de religions, avec fougue de politique. Elle prit de nouveau du café, moi aussi. Elle critiqua les derniers défilés de mode, fit l’éloge d’un groupe de musique, résuma un film en trois mots -« dénué de sens »-, parla de Monet et de Delacroix, cita Socrate et Pascal, Chateaubriand et d’Ormesson. Elle prit un dernier café et m’en proposa un, avant de me lancer un fébrile « … et toi, parle moi un peu de toi ».

Que pouvais-je encor dire après pareille tirade ? Je lui répondis que ma vie n’avait pas grand intérêt. Que tout ce dont je pouvais parler était mon métier, ma brocante, ma Rue. Et ce fut à cet instant que je compris… Peu de gens ont ainsi réagis. Elle, le fit. Je compris…

Elle se leva et me demanda -m’ordonna- de lui faire visiter mon métier, ma brocante, ma Rue. Elle voulut visiter ma vie. Je payai la note -par ailleurs assez salée pour du café- et nous sortîmes ensemble. Mon travail, brocanteur. Je lui expliquai comment j’en suis arrivé là : un malheureux concours de circonstances. Une passion d’abord, une vocation ensuite, l’ennui enfin. Je lui dis que je voyais dans toutes ces vieilles choses une empreinte du passé, une marque du Temps, imperturbable court dont j’aime à marquer le passage. Je lui révélai que l’amour de ces antiquités me venait de ma mère, que du sang d’une noblesse tunisoise coule dans mes veines et lui dit que ce fut probablement ce qui m’incita à m’attacher au passé. Nous aimons tous le prestige et quand nous le perdons, nous nous attachons à la moindre miette qu’il oublie derrière lui. Et je lui avouai, également, que l’argent me motiva grandement et que - Dieu merci- je gagnais assez bien ma vie : une commode des années vingt vendue au début du mois m’entretenait parfois jusqu’à sa fin, voire au-delà.

Nous parcourûmes la Rue et je lui expliquai ce que ‘vous’ savez déjà à son sujet. Les vieux de la maison de retraite lancèrent des « … Il a trouvé quelqu’un l’émasculé ! » et des « … de notre temps, les hirondelles ne fréquentaient pas les crapauds ». Ils regardèrent de travers, curieusement, méchamment ou indifféremment. Les enfants grimpaient à des arbres, poursuivis par leurs parents. La blonde était rentrée et le garagiste étalé comme une loque sous une voiture dont l’avant resserrait dangereusement la graisse inondant son ventre. Nous entrâmes dans la brocante et je fis le guide. Les tableaux, les meubles, les babioles, les décorations, les ustensiles, tout fut scruté, jaugé, aimé ou déprécié. Enfin, nous revînmes à l’entrée. Je m’accoudai contre le bureau, elle, se tint dos contre le mur.

-Malheureusement, ce n’est pas suffisant. Ca ne fait pas le poids contre les révélations que je vous ai faites tout-à l’heure, faite-un effort, me dit-elle.

-De quel genre de révélation voulez-vous que je parle ? Je n’ai rien de truculent à vous révéler, rétorquais-je en réfléchissant à ce que je pouvais dévoiler.

-Je ne sais pas, répondit-elle. Trouvez ! Un secret, un fantasme, un ami cher…

-Ah je sais, l’interrompis-je. Je sortis Gorgo, mon singe en bois du tiroir. Voici mon meilleur ami et mon confident.

Elle resta silencieuse, étonnée.

-Ca fait pitié, c’est ce que vous pensez, n’est ce pas ?

-Absolument pas ! Il n’y a rien de pathétique. Je parle à mon chat, c’est sensiblement la même chose, répondit-elle en s’approchant de moi doucement. Je n’oserais jamais vous juger. Et si jamais ce fut le cas, vous trouvant très intéressant, mon jugement serait quelque peu partial, ajouta t’elle en s’approchant toujours plus.

Elle se tu. Je ne disais rien. Elle s’approcha. J’essayai de m’éloigner mais le meuble me stoppa. J’essayai de m’enfoncer en lui pour disparaître, je me concentrai sur cela, pour oublier l’inévitable, il me stoppa encor. Elle s’approchait toujours, en parlant de je ne sais plus quoi, peu importe d’ailleurs. Mes alarmes se déclenchèrent, elles qui étaient en veille depuis si longtemps. Je me crispais. Elle s’approchait. Gorgo, mon singe en bois, ferma les yeux et me chuchota qu’il préférait ne pas voir ça. Le bureau me mit devant l’imparable, l’inéluctable… Elle se tu de nouveau, tout en s’approchant. Elle mit sa main sur la mienne, le tout sur le bureau. Elle dit autre chose encor que je n’entendis pas. Elle chuchota. Mes alarmes s’affolèrent. Mon cœur s’emballa. Il partit derrière hurler un coup et revint assister au spectacle. Elle s’approcha encore. Ma vue prit ses jambes à son cou et laissa mes autres sens se débrouiller tout seuls. Mon ouïe avait déjà cédé depuis longtemps et mon odorat, en traître, s’était enivré du parfum de l’ennemi à la cause duquel il était entièrement acquit. Le tact avait était neutralisé. Ne restait plus que le goût. Le pauvre se retrouva tout seul, face à l’ennemi. Et d’un brusque mouvement de tête, il fut plongé dans un monde qui n’était pas le sien. Un monde qu’il avait connu, jadis. Il se mélangea avec son semblable, fusionna, s’en détacha et s’y mêla de nouveau dans un tourbillon d’exaltation qu’il traduisit à tout mon corps. Lorsque se fut la fin, il en demanda encor et il fut satisfait une seconde fois…

Mes sens reprenant place doucement, je me rendis à peine compte qu’elle venait de me remercier pour la journée passée en ma compagnie, qu’elle m’avait salué et qu’elle était partie en me disant que l’on se reverrait bientôt. Je restai là longtemps, je ne sais plus si c’était pendant cinq dix minutes, une heure peut-être. Je revivais enfin, revenu d’entre les insensibles.

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Mardi 18 novembre 2008

Par Z.Boussen
Tu étais la sublime étoile du couchant
Qui est née au chevet d’un monde en décadence.
Ton antique maîtresse enchainait tes élans
Qu’un jour tu libéras avec mille espérances.

Mais aujourd’hui vois-tu que te fuient tes enfants ?
Tu n’es plus cette mère - où est ta bienveillance ?-
Qu’ils ont jadis aimée ; eux, ta chaire, ton sang,
Tu ne les retiens plus : pleure donc ton absence.

Mais tous savent très bien que ce n’est ton erreur
Bien trop jeune ils t’ont prise, ont violé ta candeur
Pour te jeter souffrante, agonisant, à terre.

Toi, la dame brisée au misérable sort ;
S’il te reste du cran, ravive ta lumière
Car ta brève jeunesse est parmi nous encor.


Gorgonzola©
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Vendredi 3 octobre 2008

Par Z.Boussen

Dame Liberté

Sur un trône de morts soutenant mille cieux,

Etouffés de fumée, embrasés par le feu,

C’est Dame Liberté qui guide la bataille,

Dans les cris et le sang des cœurs pris en tenaille.

 

L’oppression disparaît dans un ultime adieu.

La patrie a souffert et ce de son aveu :

« Tel est notre souhait ; du fond de nos entrailles

Car libres nous seront, ou morts sous la mitraille !»

 

Mais les morts sont bien là et c’est un triste prix,

Quand Dame Liberté, poussant le dernier cri,

Dans l’assaut décisif, fit payer à mille âmes

 

Le coût d’une passion qui engendra le drame,

Les vivants ahuris par l’ardeur du combat

Ne savaient à quel sein vouer leur désarroi.

 

Gorgonzola ©

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Dimanche 28 septembre 2008

Par Z.Boussen

Roman-court encore sans titre : Chapitre deuxième

 

… Les deux femmes s’arrêtèrent soudainement de parler, replongeant le long couloir dans le silence. Seuls quelques bruits de pas venaient interrompre ce calme étrange. Les deux infirmières regardaient maintenant vers l’homme qui venait de s’engouffrer par la porte du fond. Elles l’observaient avec curiosité, alors qu’il s’approchait d’elles à grands pas. Elles remarquèrent ses habits étranges, entièrement -ou presque- noirs, ses bottes, sa cape, une sorte de cuirasse lui recouvrant le torse, des gants et un chapeau coulant sur le visage, tout de noir vêtu. Elles se regardèrent furtivement, chacune voyant naître une once de crainte dans le regard de l’autre. Elles virent aussi la petite masse traînée au bras de l’homme et eurent de la peine pour cet enfant qui faisait visiblement de grands efforts pour s’imprimer le rythme des foulées qui l’obligeait à sautiller pour ne pas se faire pendre par les mains. L’homme ne sembla pas se rendre compte qu’il faisait glisser l’enfant à sa main plus qu’il ne lui permettait de marcher convenablement.

-          Vous cherchez quelque chose, peut-être ? demanda l’infirmière lorsque l’homme fut à son niveau, mais elle ne reçut pas de réponse. L’homme continua sans broncher son périple et prit le premier tournant, trainant toujours l’enfant. Il fit quelques mètres et s’arrêta devant une pièce. C’est la chambre, chuchota la première infirmière, alors que toutes les deux se penchaient pour observer, celle dont elles parlait…

-          Ce doit être son fils qu’on lui ramène… la pauvre, des mois sans le voir ! répliqua la seconde.

L’enfant, durant tout le trajet, n’avait vu que les murs grisâtre et les longs corridors lugubres du bâtiment. Il humait une odeur étrange sans pouvoir en définir la nature et souffrait à chaque coup tiré sur son bras vers le haut. Il ne savait ni pourquoi il était là, ni même l’identité de cet homme qu’il suivait, un peu malgré lui. D’ailleurs, il ne savait même pas où il était avec certitude, même s’il se soupçonnait d’être dans un hôpital. Une fois devant la porte, il reçut l’ordre de s’assoir sur le siège, à l’extérieur et de ne faire un seul mouvement. L’homme poussa la porte et la referma derrière lui -ou en tout cas, crut le faire, car une petite fente demeura. L’enfant attendit là, dans un mutisme complet, en accord avec l’ambiance des lieux, ses petits yeux bleus scrutant les alentours avec tristesse et ennui et il réfléchissait…

Il entendit d’abord parler l’homme, indistinctement, pendant plusieurs secondes, puis il entendit une voix plus féminine, plus douce. Sans savoir comment, ni pourquoi et sans même comprendre ce qu’elle disait, il ressentit un étonnement immense et une peur, de la joie, de la crainte et du soulagement. Les adultes continuèrent de discuter et lui, assaillit par la curiosité, désobéit à l’ordre reçut par la voix rauque et mit pied à terre. Il s’approcha de l’entrebâillement et regarda par l’ouverture. Il ne vit qu’un coin de la chambre, mais suffisamment pour comprendre. Les larmes aux yeux et le mal au cœur, il regarda le grand lit entouré de machines dont il ne comprit pas l’utilité, et le tableau surplombant le tout, et les draps et enfin la femme étendue dans le lit,  la main posée sur le bord, brûlée et rouge. Son regard butta surtout contre le visage marqué par la fatigue, la peine et la douleur, le crâne à moitié chauve et la peau calcinée tout autour des yeux, du nez et de la bouche.

Il se retint tout juste de pleurer et regarda ce qu’il restait de sa mère, car il n’eut aucun -absolument aucun- doute sur le fait que le corps rabougri et amaigri allongé sur le lit était sa mère, sa magnifique mère, cette femme d’une beauté époustouflante, svelte et au regard aimant qu’il avait connue. Il se forçait toujours de retenir ses larmes et referma ses doigts sur sa paume, enfonçant ses ongles dans sa peau pour substituer la douleur physique aux lamentations de son cœur. C’est ainsi que bien souvent, le corps paie les maux du cœur, car si la nature a fait que le premier se remet de ses meurtrissures, elle a omit de faire que le second oublie les siennes : les plaies du cœur sont incurables.

-          … Vous n’avez aucun reproche à nous faire, madame, vous étiez prévenus, mis en garde ! déclara l’homme que l’enfant arrivait enfin à entendre.

-          Espèce de… vous n’êtes qu’une pourriture ! chuchota la voix affaiblie. Vous avez… et avez brisé des vies, sans scrupule…

-          Il n’y a pas de place pour la pitié dans ses affaires là, madame, vous devriez le savoir, vous, plus que quiconque d’autre.

-          Vous avez brisé mon corps et ma vie, tué mon mari et mon enfant, et vous me demandez de coopérer ? répliqua la femme, indignée.

-          Je suis désolé pour votre mari, mais nous ne pouvions pas faire autrement, nous ne pouvions pas nous mettre en danger, c’était trop risqué. Déclara l’homme froidement. Cependant, concernant votre enfant, je suis là pour vous dire qu’il est avec nous, en vie et en bonne santé.

Les yeux de la jeune femme s’illuminèrent brusquement. Elle se redressa dans son lit, quittant son affalement et par là même son immobilisme et se redressa doucement, inclinant la tête vers son interlocuteur.

-          Mon… mon fils est… vivant ? Dit-elle gravement.

-          Oui madame, il est avec nous.

-          Où ça ? je veux le voir, annonça t’elle au bord des larmes.

-          Vous comprendrez, madame, que cela est impossible et hors de question. Non seulement, cela nous mettrait à découvert mais en plus, votre enfant serait en danger. Répliqua l’homme toujours aussi indifférent. Cependant, il n’est pas exclut dans un proche avenir de vous rassembler, tous les deux. Seulement, pour cela, il vous faut coopérer.

-          Vous mentez ! j’ai vu mon fils, dans l’incendie. Je l’ai vu venir vers moi, en sang, en larme, brûlé, et s’allonger à mon côté. Un si jeune corps n’aurait supporté cela. Vous mentez ! je ne vous crois pas !

La femme pleurait maintenant, sans retenir une seule larme. Ses joues calcinées laissaient couler les grosses gouttes et sa voix s’enrouait de seconde en seconde. Plus loin, le jeune enfant assistait au spectacle avec effarement et terreur. Sa mère le croyait mort… sa mère, allongée dans un lit d’hôpital, à moitié dévastée par le feu, le croyait mort. Mais pire que tout, il venait d’appendre de la bouche même de cette mère souffrante -mourante, peut-être - qu’il était orphelin, et même s’il ne saisissait pas toute l’étendue des conséquences de cela, il ressentait une douleur affligeante, assommante. Malgré un léger étourdissement, il réussit à percevoir l’homme derrière la porte, se dirigeant vers cette dernière. Il fit volte-face et se hissa avec hâte sur son siège, reprenant son état initial. L’homme sorti de la pièce et referma la porte. Il vint se placer devant l’enfant assis et se s’agenouilla en face de lui, les yeux dans les yeux. Il prit ses joues entre deux doigts et dit :

-          Petit, tu va voir ta mère. Elle n’est pas en très bon état, mais je pense que tu ne vas pas faire la fine bouche. Quand tu seras à l’intérieur, sois le plus naturel possible, elle ne sait pas encore à quoi elle ressemble… tu ne voudrais pas causer du tort à ta mère, n’est-ce pas ? Tu lui répondras normalement, tu diras qu’aucun mal ne t’as été fait -ce qui n’est pas faut, par ailleurs- tu répondras oui à tout ce que je te dirais et tu exécutera chacun de mes ordres. Tu sortiras quand je te le dirais et surtout tu ne pleuras pas…

L’homme se releva, tira l’enfant par le bras à terre, fit voler sa cape de côté d’un geste du bras et s’enfonça dans la chambre. La femme, comme foudroyée, sursauta dans son lit. Elle retira de ses bras les câbles qui la retenaient liée aux machines et descendit fébrilement du lit.

-          Oh, mon fils ! mon Dieu, dans mes bras, viens. Dit-elle en pleurant. L’homme poussa discrètement l’enfant au dos et le propulsa vers sa mère qui l’étreignit avec la force du désespoir. Comme tu es beau, mon fils, comme tu as grandit ! lui dit-elle en le tenant à distance pour mieux l’observer.

Lui ne savait que faire. Il aimait sa mère, mais il voyait un monstre devant lui, un monstre qui n’était pas sa mère -même s’il savait que c’était le cas. Puis elle lança un je t’aime désespéré, inquiétant, et à ce moment là, il comprit-il ressentit, serait plus juste. Il avait tant de fois rêvé cet instant là, et il décida qu’aucune apparence, rien ne le priverait de ce bonheur ! C’était sa mère, sa chère mère aimée, adorée. Il oublia et se précipita dans ses bras et murmura quelque chose. Il l’embrassa, la serra, l’aima de nouveau.

Mais tout cela fut de courte durée. L’homme retira l’enfant des bras de sa mère et le remit dehors, sans que le petit corps n’ait une fois touché le sol et le laissa devant la porte.

-          Voilà, vous  me croyez, maintenant ? Questionna l’homme.

-          … Où vit-il ? Avec qui ? répondit brutalement la mère en larmes.

-          Ne vous inquiétez pas pour ça. Aucun mal ne lui sera fait, je m’y engage personnellement ! Vous savez… Il nous importe peu, ce gamin. Nous vous le rendront dès que nous auront eu ce que nous voulons.

-          Et que voulez-vous ? Interrogea la femme.

-          Votre silence, madame. Mieux ! Votre oubli… Ce n’est pas dur à faire, il vous faut juste taire toute cette affaire. Votre maison a brulé, par accident. Restez évasive sur le sujet et oubliez tout le reste. Votre enfant vous seras rendu quelques jours après votre sortie d’hôpital. Nous devons vérifier que vous ne nous tromperez pas. Vous direz que votre fils est parti en vacance chez ses grands-parents…

-          Mes parents sont morts, il n’en a pas. Coupa la femme.

-          Peu importe. Les gens ne vont pas faire des investigations… Nous ne voulons que votre silence et votre coopération. Est-ce d’accord ? Merci, madame.

L’homme sortit de la pièce, referma la porte, prit l’enfant mortifié par le bras et repassant devant les deux infirmières intriguée par la visite, il quitta le bâtiment.

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Dimanche 28 septembre 2008

Par Z.Boussen

Roman-Court encore sans titre : Chapitre Premier.


-          Maman, j’ai chaud… Maman, répéta la voix encore enrouée par le sommeil.

Elle retentit deux autres fois, mais nulle réponse ne parvenait en retour. Le petit garçon, source de ces appels à peine audibles, ouvrit enfin les yeux. Il suait énormément, anormalement à vrai dire. Plusieurs goûtes perlaient sur son petit front et ses mains et ses pieds souffraient d’une moiteur insoutenable. Il continua de gémir tout doucement, appelant sa mère qui ne venait pas. Son pyjama bleu lui collait à la peau, humidifié, trempé de sueur. Après plusieurs minutes, une dizaine ou une vingtaine peut-être, il écarquilla les yeux. Il réalisa qu’il ne rêvait pas : il faisait chaud, atrocement chaud, comme dans un four. Il remarqua qu’une buée compacte recouvrait la fenêtre qui lui faisait face, empêchant la lumière de pénétrer convenablement et plongeant la chambre dans une pénombre étouffante.

De sa petite main frêle, il se dégagea des draps qui oppressaient son corps et tenta de faire une sorte de bilan de la situation, en scrutant la pièce. C’est alors seulement, qu’il se rendit compte qu’un fin filet de fumée dépassait du seuil de la porte. Brusquement, une odeur parvint jusqu’à son nez : une odeur de brûlé.

Ces relents qu’un feu laisse derrière lui après avoir tout consumé, le prirent de surprise et lui montèrent à la tête, l’assommant littéralement. Sans même y réfléchir, il tendit la main jusqu’au drap gisant près de ses pieds et le porta à son nez, pour éviter d’inhaler le poison carbonique qui l’avait néanmoins, déjà étourdit. Réflexe parfait pour un enfant de dix ans. Il glissa sur le matelas, jusqu’à poser ses petits pieds nus par terre. Le parquet du sol lui sembla horriblement chaud. Il fit quelques pas vers la porte et la fumée, tandis que son talon et ses petits orteils se calcinaient contre le bois brûlant.

Nul ne peut savoir ce qui trottait dans son esprit, mais nul sentiment, nulle émotion n’apparaissait sur son visage d’ange. Ses petits yeux marron n’exprimaient ni la peur, ni la douleur, ni aucun autre ressenti. Son visage restait impassible, malgré tout. Ses traits absolument imperturbables ne trahissaient nulle autre chose que le peu de curiosité qu’il témoignait au nuage dense qui se faufilait sous la porte. La chaleur augmentait perceptiblement, alors que l’enfant s’approchait de l’issue close. Le bois, au sol, semblait prêt à fondre sous le poids de l’humidité qui pénétrait chacun de ses pores et dangereusement fragilisé par la température.

Il porta doucement la main jusqu’à la poignée qui lui embrasa la peau. Pourtant, il ne se plaignait de rien, il ne retira même pas sa paume douloureuse ni ses petits pieds ravagé par l’ardeur du bois chaud. Un sentiment inexplicable, indicible régissait chacun de ses mouvements. Cette force qui le dirigeait lui permettait –lui imposait- de faire abstraction de la douleur qui martyrisait son corps.

Il resserra l’étreinte de sa main et fit glisser la poignée pour ouvrir la porte. Seulement alors, un rictus se dessina, légèrement encor, déformant chaque trait de son visage, dévoilant enfin un signe : la souffrance. Mais il n’y prêta pas plus d’attention, il oublia en un instant sa paume incendiée et ouvrit la porte.

Un souffle monstrueux pénétra d’une traite dans la pièce. La prodigieuse ardeur du feu emporta la petite masse en arrière et le projeta contre le mur du fond. Une chaleur intense, affreusement suffocante, une déflagration foudroyante avaient eu raison de son petit corps insignifiant. Maintenant que la porte était ouverte, le feu semblait vouloir pénétrer dans la pièce qui lui était jusque là condamnée. Il envoyait en éclaireurs quelques saccades de lumière et de flammes qui embrasèrent les murs, l’armoire, et bientôt le lit.

Lorsque l’enfant reprit ses esprits, il s’adapta rapidement à la fournaise qui l’entourait, l’envahissait, l’assiégeant de toutes parts. La douleur était désormais, impossible à ignorer et plus aucune partie de sa chair ne pouvait échapper à cette géhenne. Et maintenant que le secret que dissimulait la porte s’était envolé, sa curiosité –la seule raison de ne pas penser à la souffrance qui martelait son petit corps- s’évapora en un instant, laissant la place à une peur affreuse, qui tirailla son esprit.

L’enfance a cette force, que l’âge adulte n’offre pas, de faire appel, à l’instant où le besoin s’en fait sentir et lorsqu’on peut le moins s’y attendre, à une force mystérieuse, enfouie un jour au plus profond du coeur et qui rejaillit à la surface à un moment ou à un autre et qui permet aux petits corps de s’émanciper de leur conscience pour ne se laisser régir que par l’instinct : ce pouvoir qu’on appelle courage.

L’enfant, qui n’appelait plus personne, se mit debout, mu par cette force inextricable. Il ouvrit son armoire dont un côté luttait en vain contre le feu et s’habilla, se chaussa comme pour sortir en balade. Puis il vint se placer dans l’ouverture de la porte faisant face à l’enfer qui se déchaînait de l’autre côté du seuil, à quelques centimètres de lui.

Il ne reconnu rien de ce qui était le couloir du premier étage, qu’il longeait quelques heures plutôt en courant, riant, criant de partout. Et même si le feu brouillait sa vision et rendait méconnaissable le lieu, il su que les escaliers n’étaient pas loin derrière ce brasier et que c’était véritablement sa seule chance de ne pas rôtir sur le seuil de cette porte.

Il fit un premier pas en avant. Puis un deuxième, avant de s’arrêter net. Les flammes se reflétaient sur ses petites pupilles et leur crépitement saccadé résonnait en écho dans sa tête, de quoi nourrir une peur grandissante. Il retint son souffle et se précipita à travers le couloir. Il ne voyait rien, n’entendait rien, ne sentait rien, rien d’autre que cette chaleur écrasante du feu. Il dévala les escaliers, sa petite main toujours clouée contre son nez.

Et lorsqu’il arriva enfin au bas des marches, il se rendit compte que la situation y était pire encor. Cerné de toutes parts par les flammes, il ne su quoi faire. La sortie de derrière lui imposait de passer par la cuisine, mais un simple regard en direction de la pièce suffit à l’en dissuader : c’était le foyer de l’incendie. Il courut sans plus d’hésitation vers la porte principale que le feu avait légèrement épargnée. Mais lorsqu’il fut devant celle-ci, avant de l’ouvrir, il se retourna pour regarder une porte qu’il venait tout juste d’ignorer… Il la fixa suffisamment longtemps pour comprendre pourquoi il faisait cela : c’était la chambre de ses parents. Il revint sur ses pas, et ignorant de nouveau la douleur lancinante qui parcourut sa main, il tourna la poignée…

Le spectacle qui s’offrit à lui, combla le vide que la peur n’avait réussit à remplir entièrement. Il vit d’abord sa mère, étendue sur le sol -aplatie serait plus juste-, écrasée par la grande armoire en ébène qui longeait, jusqu’à la veille au soir encore, le mur de la pièce. Plus loin, il ne vit rien de plus qu’une main dépassant de sous les décombres d’un mur, sans comprendre à qui elle appartenait. Il scruta tour à tour le corps et la main, ravagé par la peur, dévoré par cette force terrifiante qui ne l’incitait qu’à prendre ses jambes à son coup le plus rapidement possible… Soudain, ayant retrouvé, subitement et sans s’en donner une quelconque explication, son sang ‘froid’, il murmura maman, comme pour ne pas la réveiller. Or celle-ci, tourna légèrement la tête et entrouvrit ses yeux. Il comprit immédiatement, en voyant la souffrance et la douleur tiraillant le visage de sa pauvre mère ; il resta là impassible, effrayé, terrorisé.

…Sors, lui dit-elle, doucement. Va voir dehors s’il y a quelqu’un, appelle de l’aide, n’importe qui, va.

Mais l’enfant restait là, immobile, transis par le jeu -le mélange- du feu et de la terreur.

Il fallut quelques secondes pour que les mots que sa mère venait de prononcer soient perçus et assimilés. Il se retourna, courut jusqu’à la porte et soumettant sa petite paume de nouveau au contact d’une poignée brûlante, il l’ouvrit. Le vent frais du soir s’engouffra par l’embouchure, enveloppa le petit corps qui en tressaillit et partit rejoindre le feu au fond du couloir pour une dernière -ultime- danse morbide.

L’enfant se précipita sur la terrasse et resta ébahis devant le spectacle qui s’offrit à ses yeux. Juste en bas de l’allée, qui remontait jusqu’à la grande demeure, cinq camions de pompier fermaient le chemin, projetant la lumière de leur gyrophares sur tous les environs. Devant les véhicules, une foule conséquente s’était amassée, en silence -un silence presque solennel- et observait avec plus ou moins d’horreur le ballet de feu dont la bâtisse était la scène. Au premier plan de ce sinistre tableau, les sapeurs-pompiers, accompagnés d’une dizaine de gendarmes et de policiers quadrillaient le grand portail et ceinturaient la foule, attirée par le spectacle. Seulement, personne ne bougeait. Il n’y avait ni lance à incendie, ni eau, ni un quelconque mouvement. L’enfant s’en rendit très vite compte et par un accès de panique -laquelle germait de plus en plus dans son esprit- cria un à l’aide digne des pires tragédies.

Tous les chuchotements, les questionnements, les petites discussions qui animaient la foule retranchée à l’extérieur du parc cessèrent en un instant et l’effroi gagna tout le monde, sans exception, si bien que même les pompiers et les agents, qui faisaient face à la foule, se retournèrent ébahis. Tous paralysés par ce cri, aucun ne fit le moindre mouvement. Dieu lui-même n’aurait pas provoqué pareille stupéfaction !

Au comble de l’ahurissement, la petite voix détonna de  nouveau, aigüe, désespérée, étouffée par la peur…

Il y a un enfant ! Il y a quelqu’un là-dedans ! signala une femme -mettant à jour une perspicacité de premier ordre.

Oui, il y a quelqu’un… Faites quelque chose ! cria un homme en direction des soldats du feu. Vous aviez dit que tout le monde avait été évacué par derrière !

Sauvez-le, ajouta la femme, alors que la petite voix retentit de nouveau, plus forte, plus haute, plus seule que jamais.

Deux minutes s’écoulèrent ainsi, dans l’épouvante la plus totale. L’enfant perché sur la terrasse commença à perdre patience et, surtout, à perdre espoir. Les larmes aux yeux, tourmenté, éprouvé par la chaleur qu’il avait traversé et par le froid qui prenait le relais, maintenant qu’il se trouvait à l’extérieur, il revint sur ses pas et pénétra de nouveau dans le brasier qui lui souleva le cœur et lui coupa la respiration. Il revint auprès du corps gisant de sa mère. Il l’observa quelques instants, puis se mit à pousser la grande armoire, l’épaule contre le bois chaud et les mains calcinées. Mais, bien trop lourde pour lui, il se rendit compte, à son plus grand désespoir qu’elle n’avait bougé d’un centimètre. Il avança jusqu’à la commode près du mur du fond et prit une bouteille d’eau, posée sur le marbre.

En revenant près de la grande armoire, sur le chemin, il vit le lit, dont le drap blanc tournait au rouge -pourpre- mais ignora la vision, trop pris par l’idée qui lui avait assiégé l’esprit. Il versa la moitié de la bouteille sous le premier pied du grand meuble et sur quelques centimètres de la trajectoire qu’il devait décrire et fit de même avec l’autre moitié, plus loin. Il revint près de sa mère et mit toutes ses forces à l’œuvre, en poussant de nouveau contre le bois. Cette fois-ci, il sentit le meuble broncher, vaciller et, au terme d’un ultime geste, bouger, glisser. Il souleva légèrement le haut de l’armoire et en extirpa, au prix d’une douleur déchirante au bras, la première, puis la deuxième jambe de sa mère. Il vit, entre les larmes et la souffrance que lui causait son corps, que les membres de sa mère avaient, visiblement, bien plus souffert que lui, écrasés, mis en miettes par le grand meuble.

Il traina le corps meurtri jusqu’au dehors et s’écroula sur le sol, sous une brise fraîche. Il poussa un dernier cri, auquel il légua ses toutes dernières forces. Un dernier au secours. Il vit la lune, senti la brise et laissa ses yeux s’éteindre doucement…

Entre temps, dehors, une gêne grandissante avait entraîné certains jusqu’à l’insulte. Les policiers essuyaient la fureur des femmes et des hommes qui leur faisaient face en essayant de les tenir en arrière, tous bras tendus.

Il y a quelqu’un dans cette maison, cria l’un.

Faites quelque chose ! ajouta l’autre.

Mais, rien ne se passait. Certains pompiers laissaient paraître une once de peur, d’autres une simple inquiétude, certains avaient même des larmes aux yeux, alors que d’autres ne bronchaient même pas.

Face à cet immobilisme des agents, une voix s’éleva :

Si vous ne faites rien, c’est nous qui y irons ! Vous êtes prévenus !

Des regards à droite, à gauche, des signes de têtes, des acquiescements et la foule, dans un flux homogène, compact et puissant, déferla en une vague humaine sur la ceinture de pompiers et de policiers. Plusieurs agents se retrouvèrent au sol, certains se firent piétiner, d’autre pousser sur les côtés, mais tous virent clairement plusieurs dizaines de personnes, hommes et femmes, les déborder et se ruer vers la maison en feu, en haut de la colline.

Ils parcoururent presque tous la distance en courant comme jamais ils ne l’avaient fait. Les premiers arrivèrent près de l’entrée, virent les deux corps étendus par terre, ne sachant s’ils étaient morts ou vivants. Une femme tenta de réveiller, tour à tour, et la femme et l’enfant pour savoir s’il restait quelqu’un à l’intérieur, en vain. Plusieurs hommes se proposèrent de pénétrer la ruine de feu mais furent vite rattrapés par l’ardeur des flammes qui les obligea à renoncer. Ils mirent les deux corps à l’abri, attendant une aide qui tarda à arriver…

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Dimanche 28 septembre 2008

Par Z.Boussen
Je pense ne pas être le seul, à avoir un jour écrit des textes sur ordi et de les avoir perdus à cause d'un virus, d'un oubli ou d'une erreur... Je sais aussi que je n'aime pas beaucoup publier des textes -ou oeuvres- incomplets.
Cependant, je suis obligé de le faire pour ne pas prendre le risque de perdre ses textes...

Ne vous inquiètez donc pas de voir des fragments de textes ou de récits parachutés sur le blog.
Il y a également certains avantages à cela... Vous serez les premiers à découvrir certains textes -choses que beaucoup de me demandent depuis un certain temps... Je vous conseille pour cel de vous inscrire sur la newsletter du blog pour être tenus informés de l'avancée des choses...

Voilà donc les deux premiers chapitres de ce que j'espère être un roman-court. Ne vous posez pas de questions quant à l'histoire ou les faits, juste patientez un peu :) . Ca va venir...

Merci pour votre attention...
A bientôt,
Sincèrement,
Gorgonzola.
- Communauté : L'écriture dans tous ses états - Recommander
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Mardi 16 septembre 2008

Par Z.Boussen
Chers lecteurs, chers visiteurs,

J'espère que vous avez tous passé une bonne rentrée, lycée, fac, travail, c'est toujours bon mais difficile de reprendre. J'aimerais vous remercier de votre fidilité -en tout cas celle de certains. Je remarque que vous êtes toujours aussi nombreux à venir visiter mon blog et à lire mes textes... Même si vous n'êtes très présents au niveau des commentaires, je vois que vous contiunez de lire et -j'espère- d'apprécier...

Encore merci à tous, en espérant que notre "collaboration" dure encore quelques temps.
Bonne rentrée et bonne continuation à tous.
- Recommander
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Mardi 9 septembre 2008

Par Z.Boussen

Les plaintes

 

Qu’importe le printemps et les longs soirs d’été ;

Qu’importe la nature et cet air qu’on respire ;

Qu’importe la montagne, étalant sa beauté ;

Certains jours, c’est ainsi, se perd ce qui inspire.

 

Un jeune homme esseulé, ressentant tout le poids

Des maux du monde entier alourdir ses épaules,

Parcourait des sentiers que recouvrait un bois,

Concédant sa pensée à la crainte frivole.

 

Tandis que le soleil, juché parmi les cieux,

Eclairait son chemin et l’aveuglait de peine,

Il ne pouvait pas voir que l’épiait un vieux

Regard, ayant connu maintes et maintes scènes.

 

Une voix l’appela, une voix de vieillard ;

Et il se retourna afin de l’observer.

Il se tint droit, debout, affrontant ce regard,

Recelant la sagesse antique des années.

 

 

Le vieillard

Qu’y a-t-il mon enfant ? Pourquoi cette souffrance

Que je vois envahir, un à un tous tes pas ?

Pourquoi ce regard vide ? À quoi bon cette errance ?

Jamais nul n’a perçu aussi grand désarroi.

 

Quel est ainsi ce mal dont le feu te consume ?

Dans quel âtre t’es-tu jeté les yeux fermés ?

Quel souffle a attisé de tes doutes la brume ?

Quel est donc cet enfer dont tu vis le foyer ?

 

Le jeune homme

Mon père ta sagesse aurait du le comprendre ;

Toi qui vécu longtemps en ce vaste brasier.

Ne dit-on pas que l’âge est meilleur conseiller ?

Que grâce à lui l’on peut remonter des méandres,

De l’ignare jeunesse aux immenses secrets

Que la vie dévoile en petits tas de cendres ?

 

Le vieillard

Mon enfant, quel malheur t’as fait perdre la route ?

Empoisonné, ton cœur ne voit plus que la nuit

Qui s’abat sur ton monde et en brise la voute

Que tenait fermement ton tout premier répit.

 

Je ne te savais pas naïf au point de croire

Chacune des rumeurs que débitent les gens ;

C’est une vérité dont le prix dérisoire

Ne vaut nul sacrifice et ne fait point gagnant.

 

Je ne suis ni savant, ni un puits de sagesse,

Mais je peux t’affirmer, en toute humilité,

Que s’il y a une chose ainsi qui te tracasse,

Parles-en mon enfant, tu seras soulagé.

 

Le jeune homme

Mon père, je suis las de ce monstre qu’est l’homme,

Fatigué de le voir, chaque jour un peu plus,

Assassiner, détruire et piller de surplus

Ses semblables, sa terre, éveillant les fantômes

D’un ignoble endormi que l’esprit a déchu

Et que seuls évoquaient les récits des péplums.

Le voilà qui revit au milieu des arômes

Du sang qui se répand des cœurs qu’on a connus.

 

 

Le vieillard

Mon pauvre enfant, sais-tu que ce mal qui te ronge

A déjà eu raison d’un bon millier de cœurs ?

Beaucoup ont succombé à leurs sordides songes,

Pensant qu’ici et là il n’y a que l’horreur.

 

Mais sache, mon enfant, qu’il est dans sa nature

Que l’homme ainsi se meut en son triste caveau.

Entre vile bassesse et louable droiture,

Son cœur commet le pire et connaît le repos.

 

Ne te laisse aveugler par certains de leurs actes

Qui ne leur sont dictés que par leur seul orgueil ;

Parfois en oubliant qu’il a signé un pacte,

L’homme se précipite au fond de son cercueil.

 

Sa main construit le monde achève des miracles

De merveille en merveille, il battit le meilleur ;

Mais il est tout autant capable de débâcle,

Ses pires sentiments évoquant la noirceur.

 

Le jeune homme

Mon père, c’est assez ! Je ne peux pas comprendre…

Malgré cette misère et ce sort qui est tien,

Comment ignores-tu la douleur en ton sein ?

Comment taire ce mal qui me réduit en cendres ?

Comme toi, j’ai vécu parmi ceux que je plains,

Seulement je n’ai su, de ces monstres qu’entendre

Un douloureux écho remonter des méandres

De leur cœur saccagé par leur esprit mal saint.

 

Le vieillard

Mon enfant, je comprends, maintenant, ton problème :

Tes yeux sont aveuglés par l’obscure rancœur

Qui anime tout homme affligé de dilemmes ;

L’ignorance de soi enfante le malheur.

 

Je comprends, maintenant, la source de ta haine,

Cette fleur qui se meurt, baptisée en douleur ;

L’inconnu est son père et la peur sa marraine ;

Nul ne peut se jouer de leurs viles ardeurs.

 

Si un jour, par sa faute, il entretint ta peine,

Sois sage, mon enfant, dévoile ta grandeur ;

Le pardon est divin et l’erreur est humaine,

Chacun de tes oublis rapprochera vos cœurs.

 

 

Le jeune homme

Oh, mon père ! Et l’amour, n’est-ce qu’une légende ?

A-t’il donc existé ? Est-il donc révolu,

Comme un mythe d’antan ? Car je ne l’ai connu

Et personne d’ailleurs, que nul ne s’en défende !

Mes jours comme mes nuits ne se sont dévolus

Qu’à me montrer ce mal que nos âmes se tendent.

 

Le vieillard

Mon enfant, c’est ainsi ! Je ne puis rien te dire.

Si tu n’as rien trouvé, ne baisse pas les bras

Et cherche sans relâche un simple souvenir

-car j’en suis convaincu, ton âme guérira.

 

C’est dans ces instants là, d’une douleur intense,

De ses doutes, ses pleurs, que l’homme apprend l’amour.

C’est quand arrive l’aube abrégeant ses souffrances

Que son humanité lui vient enfin au jour.

Gorgonzola ©

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Lundi 25 août 2008

Par Z.Boussen

L’assaut des nuits d’ébène

 

I

Le poète seigneur des amours oubliés,

Laissant vaquer, parfois, son esprit en tourmente,

Eveille bien souvent des souvenirs passés,

Qui martèlent son âme et que le soir enfante.

 

Lorsque l’obscurité que libère la nuit

Déroule sur le monde, avalant les lumières ;

Il est là regardant son courage qui fuit

Et n’ose même pas à ce fléau s’extraire.

 

Et quand l’ombre répand en tout coin ses relents,

C’est la peur qui l’assaille et lui creuse une tombe :

Le voilà submergé, il se laisse mourant

Sur la rive et se noie, écraser sous les trombes.

 

Et quand de la pénombre un long râle survient,

Enserrant son esprit et torturant son âme,

Le poète soumis agonise et devient

Martyr des émotions, insensible à tout blâme.

 

II

Mais l’artiste n’est pas du commun des mortels,

Et lorsque ce commun cours et rejoints sa perte,

Le poète éternel refuse son autel

Il se lève et combat les ombres découvertes.

 

Sa passion, son courage et sa plume, ses mots

Sont ses armes et nul ne sait en faire usage

Avec cette ferveur, ces discours de héros

Il apporte lumière et défait les présages.

 

Ainsi qu’un Prométhée, au loin parmi les cieux,

Le poète divin éclaire ses semblables,

Il se fait la parole, auprès de tous les dieux,

De la raison humaine, infinie, inviolable.

 

Et quand cette lumière, avec le jour venant,

Dissipe le brouillard du malheur et des peines,

Le poète insoumis n’omet pas que devant

Arrive de nouveau, l’assaut des nuits d’ébène.

 

Gorgonzola ©

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Lundi 14 juillet 2008

Par Z.Boussen

Le cri

 

J’entends au loin le cri d’un amour oublié

D’un amour délaissé au fin fond d’une terre

Au creux d’une rivière au courant desséché

Qui se tord, se délie et s’épuise éphémère

 

C’est le vent qui m’apporte en de nombreux morceaux

Le douloureux écho  d’un récit de jeunesse

D’un souvenir d’ivresse au milieu des sanglots

Et maintenant qu’importe ; au diable la détresse !

 

La tempête s’abat sur mes chagrins d’antan

Et lave mes regrets à l’eau du temps qui passe

Ne laissant subsister qu’un vague sentiment,

Qu’un filet d’amertume au fin-fond d’une impasse.

 

Ainsi tout homme est fait ; dans ses sombres moments

La douleur le tiraille, invoquant sa souffrance

Puis l’oubli vient bâtir sur les ruines du temps

Les contes d’un passé, que l’on nomme existence.

 

Gorgonzola©

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Samedi 5 juillet 2008

Par Z.Boussen

La demeure du Secret

 

I

Derrière un mur de gré que dissimule un voile,

Se cache un monde obscur où un éclat se meut

En seule vérité, insaisissable toile

Qu’à peint le Tout-puissant et que tout homme veut.

 

Baignant dans cette pièce, ultime connaissance,

Repère du destin inconnu de nos sens,

La réponse s’éteint au gré de l’ignorance

Dont nos âmes font preuve à nos pires dépens.

 

Quand par fatalité ou quelques convoitises,

Quelconque volonté ou bien tourment du sort,

Aux seuls à qui s’estompe un pan qu’hôte la brise

La bâtisse apparaît félicitant l’effort,

 

Nul autre sentiment dans le cœur ne réside,

Nulle autre certitude éveillant les esprits

Ne gît aux alentours. La vérité placide

Impose ses canons que le temps desservit

 

 

 

 

 

II

C’est la vaste demeure où survit le mystère,

Emprisonné, blotti entre ces quatre murs,

A l’abri du malheur, du mensonge qui erre ;

Une vierge au secret préservé le plus pur.

 

Bien singulier endroit que ce lieu sans issue

Et quiconque aurait beau tâtonner ci et là

Verrait bien sans succès ses attentes déçues,

Car la facilité n’est autre qu’apparat.

 

Il faut s’en approcher le cœur pur, l’âme saine,

Sans nul autre dessein qu’une noble intention,

Car l’homme de tous temps, dans sa recherche vaine,

Omet que vérité n’est pas érudition.

 

Il faut savoir sentir en effleurant la pierre

L’ampleur de ce secret gardé jalousement,

Que personne jamais ne peut ainsi extraire.

Dans la roche est gravé le secret du vivant.

 

 

 

 

 

 

 

III

Mais nul n’est à ce point forteresse inviolable,

Car il faut la grandeur la sagesse et l’esprit

Pour discerner la faille en cet impénétrable

Asile des passions, royaume des non-dits.

 

Pouvez-vous percevoir au milieu des nuées,

Tout en haut de ce mur entravant le regard,

La petite ouverture éclore et dénuée

De fortifications, affaiblir le rempart.

 

 

Et pour l’atteindre il faut élever son essence

Alors seule en cela la poésie est chef.

Le poète est régent, remblayant les absences,

D’une humanité vaine et dont loin est le fief.

 

A qui s’en approchant peut-enfin apparaître

Senteurs de vérité, effluves du destin.

Les parfums du secret dont s’abreuve notre être

Sont relents du passé, s’éparpillant au loin.

Gorgonzola©

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Mardi 10 juin 2008

Par Z.Boussen

Il faut y retourner !


 


Futur est synonyme

D’un mot que j’ai perdu

Tout au fond de l’abyme

De mes jours de reclus,

Ces jours où se devine

Le bien sombre début

Des instants anonymes

D’un exil convaincu.

 

Bien loin de ma patrie

Je n’entends plus le chant.

Chant d’amour, chant de vie

Je n’entends que le vent

Qui trompe mon ouïe

De par ses sifflements ;

En guise d’accalmie,

Me voilà grand perdant.

 

Et tel un enfant sans mère,

Un enfant que l’on a

Arraché à sa terre,

Je me retrouve, là,

Le cœur et l’âme, amères,

Et l’océan déjà

Elevait ses barrières

Que l’horizon figea.

 

Je voyais les rivages,

Les dunes, les cités,

N’être plus qu’un mirage

Et puis s’évaporer.

La mer dans mon sillage

Tenait à exhumer

Souvenirs et images

Que je veux enterrer.

 

Souvenir d’une brise

Qui effleure le corps,

D’une agréable emprise

Qui vous prend tout d’abord

Au cœur. Une surprise

Sur les bancs de ce port,

Tunis ; à son emprise

Je me soumets encor.

 

Mais comment ne dépendre

De ce bout de ma chair ?

Faut-il donc réapprendre

Comment respirer l’air ?

Renaître de mes cendres

Auprès de cet enfer

Et loin de ce tout, tendre

Et beau foyer d’hiver ?

 

Et même si j’y pense

Je ne peux point saisir,

Comment une existence

Peut-elle ainsi tenir

Entre vide et absence

Sans lieu où revenir

Où l’amour se dispense

Sans patrie à chérir.

 

Et je veux dire aux hommes,

A ceux qui ont laissé,

Des souvenirs de môme,

A ceux qui sont hantés,

Par l’incessant fantôme

D’un peuple délaissé :

« Patrie est comme un baume,

Il faut y retourner ».

 

Gorgonzola ©

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Mercredi 28 mai 2008

Par Z.Boussen
Au lecteur

Lecteur dont le curieux ravive l’émotion
Et te fait découvrir ces lettres qui sont miennes,
Mon accueil ne saurait honorer ta raison
Ni être à la hauteur de ta sagesse reine.

Si parfois, au détour d’une ligne ou d’un vers,
Te voilà assailli par un aveu sordide,
Triste réalité que ce doute pervers,
Ne perds jamais espoir, garde la foi solide.

Et si souvent mes mots te paraissent bien noirs,
Saches alors qu’ils sont le reflet d’une vie ;
Qu’à l’aube j’aperçois, déjà, l’ombre du soir
Qui s’abat sur mon cœur et le prive d’envie.

Optimisme, ou pouvoir lire en son avenir,
Soleil des jours pluvieux, le garant de ses joies
Et voir en son futur une chance à saisir,
Une promesse ainsi de retrouver la voie.

Et s’il faut que ce soit, ensemble réunis
Afin que nous puissions surmonter les ténèbres,
Mon frère qui m’entends, toi, mon fidèle ami,
Que luise le bonheur, celui que l’on célèbre.

Lecteur dont l’intérêt m’a été dévolu,
Es-tu prêt à entrer dans un tout autre monde,
Où plus rien n’est pareil, où plus rien n’est connu ?
Es-tu prêt à entrer, en ces lieux que je sonde ?

Gorgonzola ©
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Jeudi 22 mai 2008

Par Z.Boussen

Chroniques de la pitié

Ou comment attirer sur soi

la compassion d’autrui,

quand on a une vie de merde.

-----Fragment sans position-----



- Je cale mon genou entre tes genoux. Mes mains atterrissent sur ton ventre, tout doucement. Mes doigts caressent ton nombril et remontent, lentement ; ta poitrine. Douce. Glissent. Elles s’enroulent autour de ton cou, rigide, musclé, brutal.

Je me sentais à deux mètres au dessus du sol. Je ne sais si ce sont les paroles qui m’excitaient plus que les gestes qu’elle décrivait en même temps ; probablement. Mes poils se hérissaient les uns après les autres, à mesure qu’elle explorait mon torse, ma nuque. Elle remontait son genou en s’accrochant à mon cou. Et partout, mes cellules s’affolaient, mes veines doublaient de volume comme si le sang se ruait de partout pour assister au spectacle, pour profiter lui aussi des bienfaits ; pour jouir, lui aussi –il en avait bien le droit–, laissant mon cerveau desséché : tant pis, je n’en avais pas besoin…

-          Est-ce que tu le sens ? Est-ce que tu « me » sens ? Chuchota t-elle, à quelques centimètres de mon oreille, qu’elle n’arrivait pas à atteindre, malgré le fait qu’elle se tenait sur la pointe des pieds. Je sais ce que tu veux. Je sais ce dont ton corps a besoin. Il n’est pas différent des autres…

Derrière, une main quitta ma nuque et s’écoula, d’un élan décidé, vers le bas de mon dos, en effleurant au passage le sillon que traçait mon échine. L’autre main se tenait coûte que coûte à mon épaule. Son genou errait entre mes jambes, toujours plus haut, toujours plus proche… Putain ! Elle enserra une de mes fesses, la droite, comme elle soulèverait un melon pour le soupeser, l’examiner de la main, de la paume. Cette dernière décrivait un cercle concentrique, tantôt pressant, tantôt relâchant. Gardes à vous !

- Tous pareils, je te dis.

Elle rabaissa sa jambe en caressant la mienne, qui ne tenait plus debout. Son talon gauche vînt contourner le mien. Et soudain, elle me poussa en arrière, sans violence, mais avec suffisamment de force pour me retrouver allongé sur le lit, de tout mon long, nu comme un ver. Elle se mit à quatre pattes sur le lit, son visage au dessus de mes mollets et s’avança doucement, lentement, presque furtivement…

Dehors, le soleil, tombait irrémédiablement derrière les maisons du bout de la rue, mais semblait néanmoins tenter, dans un ultime effort, de se maintenir à la surface de l’horizon, comme pour assister à la scène, ne pas rater une bribe de notre petit jeu, et se faisant, il embaumait l’atmosphère et la chambre de rayons vermeils.

Elle avançait toujours, ne prêtant attention ni au soleil, ni à rien dans les alentours. Elle fixait seulement mes lèvres, mes yeux et autre chose… Enfin ! Ses lèvres rejoignirent les miennes, en silence ; un silence divin, digne d’une mosquée, d’une cathédrale.

Quand je parle de silence, j’indique celui qui régnait dans la pièce ; car dans ma tête, c’était tout autre chose : c’était un boucan mélodieux, un vacarme harmonique, la 5e symphonie du sourd, l’autre, Beethoven –que d’ailleurs, je n’avais jamais entendu. La musique roulait en rythme avec chaque main qu’elle avançait, avec chaque genou qu’elle mettait en avant, avec chaque mouvement du galbe de son bassin qui remuait en avant, le côté gauche, d’abord, le droit, ensuite. J’entendis le refrain, lorsque sa langue vînt effleurer la mienne, qui s’abreuva comme jamais de ce succulent poison.

J’avais les yeux fermés et je voyais tout. Je voyais les siens fermés. Je voyais sa main se diriger vers mon cou, mon oreille. Alors, seulement, je la sentais, effectivement.

Son autre main me tendit une embuscade : alors que je l’attendais sur ma poitrine, elle vira brusquement vers… le sud.

Elle saisit l’homme qui était en moi et le traîna comme un esclave qu’on traîne à terre pour le punir, en le soulevant et en le rejetant.

Un mouvement divin, « Le » mouvement divin. Elle s’attarda à ce va et vient incessant et impitoyable. Le poids de son corps sur le mien, étalé, répandu, pesant, éveillait en moi un je ne sais quoi de bestial. Je mis une main contre le flanc de son ventre et l’autre à l’opposé pour intercepter son corps et avant même d’exercer la moindre pression, elle bouscula mon bras d’un geste violent, sauvage et me lança un « je suis généreuse, ce soir, profites-en, ne fais pas l’imbécile… »

Elle n’était pas nue. Je venais à peine de le remarquer. Non, en fait, je l’avais vu tout à l’heure mais je n’avais pas fais attention ; j’ai oublié. Elle portait une très légère chemise de nuit –et quand je dis légère… euphémisme. Transparente, elle dévoilait une physionomie renversante, défiant toutes les lois de la géométrie, de la gravité même –si vous voyez de quoi je parle. Une douceur laitière et des gestes fulgurants couplés à une minutie désarmante et une subtilité de mouvement ‘saisissante’.

A ceux qui disent « Dieu a créé l’homme, puis en s’ennuyant a créé la femme », je dis « Venez voir, c’est faux. Dieu a créé la femme, puis s’est rendu compte qu’il n’y avait personne pour admirer son chef d’œuvre, alors, seulement, il a créé l’homme, vulgaire spectateur d’une créature divine » !

Je ne parlais pas. Je réfléchissais beaucoup, je carburais et mes méninges s’affolaient, et tout cela en silence. Je le dis, car elle me lança un « Tais-toi ! » qui me sidéra, littéralement. Figé. Bon, ce pouvait aussi être le résultat de sa langue qui coulait sous mon nombril, que sais-je, simplement que j’étais immobile, de glace et bouillonnant comme un volcan avant une érection… euh, une éruption.

En fait, j’exagère, et je l’avoue en toute humilité, j’en été encore loin. Car, j’ai beaucoup de défauts, des énormes, des terribles et j’en suis conscient, et je l’admets bien volontiers ; mais j’ai aussi des qualités et l’une d’entre elles –je peux le dire, sans que cela ne passe pour prétention– c’est d’être endurant, de ce côté-là, je n’ai pas à me plaindre, et d’ailleurs, personne ne s’est jamais… « plainte » -ça ne s’accorde pas, je le sais.

« Tais-toi, j’ai dis ! »

Le soleil, s’était couché, ratant le meilleur. Le meilleur pour la fin. Il aurait du patienter. Et la lune prit le relais, comme s’il devait forcément qu’on soit éclairés. Prométhée avait volé le feu et l’on a toujours assimilé ce feu subtilisé à la connaissance, mais qui a dit que ce feu n’était pas l’amour, que ce feu n’était pas…

Putain ! Je ne contrôlais plus mon corps, qui se raidissait, parcourus de spasme naissant près de la langue qui effleurait le soldat, fièrement parti au combat. Ses mains, plus haut, gambadaient sur mon ventre, mon torse et se faufilaient partout, révélant certains recoins sensibles et faisaient me parcourir des frissons incontrôlables…

J’ai toujours eu cette conception de la générosité : donner aux autres ce qu’on aimerait garder pour soi, et surtout, le donner sans réticence. Et elle, confirmait cette idée là.

Elle finit vers neuf heures du soir. Enfin, « nous » finîmes vers neuf heures du soir. Elle m’avait ‘pompé’ toutes mes forces et je restai étendu là, ‘vidé’ et pourtant si serein, épanouit, même.

Elle vint s’allonger à mon côté, posa délicatement sa tête contre ma poitrine et s’accrocha à moi comme craignant que je ne parte discrètement durant la nuit. Et nous dormîmes, ainsi, dans le silence des nuits de mai.

 

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Lundi 12 mai 2008

Par Z.Boussen

Espérance ou déclin

 

Quel avenir pour l’homme en ces temps indécis,

Lorsque le lendemain dessert les pires craintes,

Déversant par légions, dans les cœurs, les esprits,

Le doute meurtrier des illusions défuntes ?

 

Quel est donc cet espoir qu’on peut encor nourrir

Au regard de ce monde empêtré dans la guerre,

Au regard d’une vie enlisée, à guérir,

Qui se fane bien vite et se meurt éphémère ?

 

Un bien sombre présent que celui où le corps

Est réduit au néant ; celui d’un tas de viande

Qu’on acquiert, que l’on vend et qui baise et qui dort

Sous les yeux pervertis de l’argent qu’on marchande.

 

Et la voix du seigneur qui devait nous guider

La voilà détournée au profit du mensonge

Se faisant défenseur, de par ses plaidoyers

Des pires intérêts, sans tarir de louange.

 

Et s’il n’est d’espérance, ou semblant d’avenir

Alors que le déclin incessamment s’approche

Faut-il baisser les bras, faut-il donc en finir

De ce monde où l’humain, à plus rien ne s’accroche ?

 

Gorgonzola   ©

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Mardi 29 avril 2008

Par Z.Boussen
" La science est présente pour nous rappeler, incessament l'étendue de notre ignorance "

Anonyme
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Jeudi 17 avril 2008

Par Z.Boussen
" Lorsque l'homme a soif, il croit pouvoir boire l'eau de tout un océan : c'est la foi.
Mais lorsqu'il se désaltère, il ne boit guère plus d'un verre ou deux : c'est la science.
"

Tchekov
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